Le réalisateur de La Haine ne mâche pas ses mots. Dans un entretien fleuve accordé à Marianne, Mathieu Kassovitz livre une analyse sans concession de la classe politique française. Entre admiration pour les figures du passé et espoir incarné par une personnalité inattendue, le cinéaste rompt avec son abstentionnisme historique.
Une charge sans précédent contre les élites actuelles
Mathieu Kassovitz ne cache pas son mépris pour les dirigeants contemporains. Selon lui, la classe politique actuelle manque cruellement d’une « paire de c… ». Le réalisateur pointe du doigt l’incapacité des responsables politiques à s’exposer personnellement au danger, leur reprochant d’envoyer systématiquement les autres au front.
Cette critique trouve un écho particulier dans son travail cinématographique. Actuellement engagé dans le projet « La Bataille de Gaulle », où il incarne l’amiral Darlan, Kassovitz établit un parallèle troublant entre l’opportunisme de ce personnage historique et la dérive des élites d’aujourd’hui.
Charles de Gaulle et Jacques Chirac : les modèles du courage
De Gaulle, incarnation de la bravoure politique
Pour Mathieu Kassovitz, le général de Gaulle représente « une grosse paire de couilles », symbole absolu du courage politique. Le cinéaste définit cette bravoure comme la capacité à être prêt à aller au feu, une qualité qu’il juge totalement absente chez les dirigeants actuels.
Chirac, dernier héritier d’une trempe disparue
Jacques Chirac occupe une place particulière dans le panthéon politique de Kassovitz. Le réalisateur le considère comme le dernier véritable héritier de cette trempe politique courageuse incarnée par de Gaulle.
L’évolution du regard de Kassovitz sur Chirac est révélatrice. Initialement perçu comme un « raciste patenté » après ses propos sur « le bruit et l’odeur », l’ancien président est aujourd’hui reconnu comme un véritable humaniste ayant accompli un excellent travail lors de son dernier mandat.
Dominique de Villepin : l’homme providentiel
La révélation majeure de cet entretien concerne Dominique de Villepin. Kassovitz exprime une admiration profonde pour le tandem Chirac-Villepin lors du refus d’intervenir en Irak en 2003, période où « le monde était prêt à faire n’importe quoi ».
Dans une déclaration fracassante, le cinéaste annonce être prêt à briser son abstinence électorale pour soutenir l’ancien Premier ministre. Il le juge comme la « seule option raisonnable » dans la crise actuelle. Un engagement d’autant plus remarquable qu’il n’avait jamais voté à aucune élection auparavant.
Des projets cinématographiques engagés
L’intelligence artificielle au service de la création
Mathieu Kassovitz ne se contente pas de critiquer. Il prépare l’adaptation de la bande dessinée « La bête est morte ! », prévue pour Noël 2027 avec un budget de 25 millions d’euros. Ce projet ambitieux explorera l’intelligence artificielle pour stimuler la créativité artisanale.
Un appel à l’engagement artistique
Le réalisateur cultive une liberté de ton et une indépendance dans ses choix professionnels. Il encourage vivement ses confrères à exprimer leurs convictions politiques à travers des œuvres engagées, prônant une « révolution à travers leur art ».
Dans une proposition surprenante, Kassovitz suggère même que Vincent Bolloré pourrait produire ces films s’ils portent des projets suffisamment forts. Une ouverture pragmatique qui illustre sa volonté de faire passer le message avant les considérations idéologiques.


