La venue d’Ary Abittan à la Cité des Congrès de Nantes en mars 2026 suscite une vive controverse. Alors que l’humoriste a bénéficié d’un non-lieu définitif dans l’affaire de viol qui le visait, sa programmation cristallise les tensions entre défenseurs de la présomption d’innocence et militants contre les violences sexistes. La municipalité nantaise, bien qu’affichant sa solidarité avec les victimes, se retrouve dans une position délicate face aux revendications du collectif #NousToutes et aux menaces judiciaires de la production de l’artiste.
Un collectif féministe demande l’annulation du spectacle
Le collectif #NousToutes a lancé un appel pour que le spectacle d’Ary Abittan, programmé le 3 mars 2026 à la Cité des Congrès, soit annulé. Selon ces militantes féministes, la venue de l’humoriste enverrait un message contradictoire avec l’engagement affiché par la municipalité dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Les féministes estiment que malgré la décision de justice, cette programmation constitue « un mauvais signal » dans le contexte actuel de mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles.
La mairie de Nantes dans une position d’équilibriste
Face à cette situation, la municipalité nantaise tente de naviguer entre différentes positions. Johanna Rolland, maire de Nantes, a tenu à exprimer sa position : « Je tiens à affirmer tout mon soutien et ma solidarité à toutes les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui luttent à leurs côtés pour que leur parole soit entendue ».
Mahaut Bertu, adjointe chargée de l’Égalité, a quant à elle déclaré comprendre et partager « la colère suscitée » par la venue de l’artiste, des propos qui seront plus tard qualifiés de diffamatoires par la production d’Ary Abittan.
La collectivité souligne cependant son impuissance juridique face à cette situation : aucun levier légal ne permet d’interdire un spectacle sans décision judiciaire préalable.
Le contexte judiciaire : un non-lieu définitif
L’affaire remonte à 2021, lorsque l’humoriste et acteur avait été accusé de viol. Après une procédure judiciaire, Ary Abittan a bénéficié d’un non-lieu définitif prononcé le 30 janvier 2025, le mettant juridiquement hors de cause.
C’est sur cette base que l’artiste a repris ses activités scéniques, avec toutefois des oppositions récurrentes à ses spectacles dans plusieurs villes françaises.
La production contre-attaque et menace de poursuites
La société Coullier Prod, qui gère la production des spectacles d’Ary Abittan, n’a pas tardé à réagir aux demandes d’annulation et aux prises de position publiques. Dans un communiqué ferme, elle rappelle le non-lieu dont a bénéficié l’artiste et dénonce toute remise en cause de cette décision judiciaire.
Particulièrement visés, les propos de Mahaut Bertu sont jugés « inexacts » et qualifiés de diffamatoires par la production, qui estime qu’ils portent atteinte « à l’honneur et à la considération » de l’artiste. Une action en diffamation est clairement envisagée.
Une plainte déjà déposée contre des opposants
Cette confrontation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des spectacles d’Ary Abittan. Le 22 janvier 2026, une plainte a été déposée pour « entraves à l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté de la diffusion de création artistique », visant des actions menées dans différents lieux où l’humoriste s’est produit.
La production qualifie ces opposants de « groupuscule » dont les actions contreviendraient à la loi, et insiste sur le droit du public à assister au spectacle « librement, sans être confronté à des troubles à l’ordre public ».
Le spectacle reste pour l’instant maintenu à la date prévue, dans un climat qui illustre la complexité des débats autour de la présomption d’innocence, de la parole des victimes et de la liberté artistique.


